Nombreux sont les parents-aidants responsables d’un enfant malade ou en situation de handicap et qui peinent à faire reconnaître la charge mentale liée à leur double activité. quelles sont leurs attentes ? Comment les entreprises peuvent-elles les aider?
Publié le 4 min

Parent-aidant et salarié : une combinaison à trouver

Parmi les 11 millions d’aidants, ces invisibles au regard d’une société dont ils constituent pourtant d’indispensables maillons, près de la moitié sont des actifs cumulant vie professionnelle et accompagnement d’un proche fragilisé. Lorsqu’on évoque le terme d’aidant, on pense souvent à ceux qui prennent en charge un parent âgé dépendant. Pourtant, nombreux sont les parents-aidants responsables d’un enfant malade ou en situation de handicap et qui peinent à faire reconnaître la charge mentale liée à leur double activité.

Parents aidant et salariés, mission impossible

Créatrice de la plateforme d’entraide eNorme, Juliette Lacronique est maman de deux enfants dont un petit Émile de 10 ans souffrant de troubles autistiques.

« Émile n’a été diagnostiqué que tardivement, explique-t-elle. On a perdu beaucoup de temps. »  

Rendez-vous médicaux, recherche de structures d’accueil, labyrinthe administratif : cette jeune femme solaire, responsable de la communication d’un important groupe, décide de mettre sa vie professionnelle entre parenthèses :

« Je pensais m’arrêter six mois, un an. On me disait : votre fils a besoin de vous, mais ce qui est un combat quotidien c’est se battre contre ceux – l’école, le centre de loisirs – qui n’ont pas envie d’accueillir votre enfant : ce qui prenait trois minutes à régler avec Clément, mon fils ainé, demandait de multiples rendez-vous, des dizaines de mails pour Émile. »

 Après un licenciement à l’amiable, Juliette se retrouve comme « coupée du monde. » « Une fois que l’on a décroché, c’est très difficile de se remettre en selle. Même lorsqu’on a récupéré un peu d’énergie. » Lorsqu’à 6 ans, Émile est pris en charge de 9 h à 16 heures en hôpital de jour, Juliette cherche en effet du travail. « J’avais l’impression de ne plus exister socialement, d’où l’importance de la reconnaissance sociale des aidants. Lorsqu’on est dans une entreprise, celle-ci peut vous aider, mais quand on postule, c’est plus compliqué : un parent-aidant peut représenter des complications en termes d’organisation, il existe un a priori négatif sur sa productivité. Et pourtant j’avais l’impression d’avoir développé des compétences que je n’avais pas auparavant. Je pouvais aider les autres. »

L’aidance, une vertu utile à l’entreprise

En effet, les salariés aidants sont des salariés précieux : « Le parent aidant peut en effet être un collaborateur avec une vraie valeur ajoutée », assure Delphine Cochet, créatrice de la start-up Ma bonne fée qui accompagne les entreprises désirant apporter un soutien à leurs collaborateurs sur la-parfois difficile- conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle.

« Ils ont en effet développé de précieux “soft skills”, une capacité à la résilience. Et un salarié accompagné dans son parcours d’aidant est un collaborateur engagé, motivé. Il existe d’ailleurs une implication de plus en plus forte des entreprises pour soutenir ces collaborateurs, et la problématique des aidants fait désormais partie des enjeux RH. Un mouvement que la crise sanitaire a accéléré », assure Delphine Cochet. 

Quant à Juliette Lacronique, elle en est convaincue, « un salarié parent aidant ne peut pas s’en sortir seul ; les entreprises doivent les aider, d’abord en termes de flexibilité de temps de travail, dans ce domaine l’évolution du télétravail peut être salvateur. Ce qui est compliqué, c’est que chaque parent est un cas particulier. »

A la recherche d’aides

A la différence des aidants en charge d’un proche dépendant, les parents aidants c’est qu’ils ne parviennent pas s’identifier comme tels. La reconnaissance de leur statut est le premier obstacle à franchir.

« Le problème, c’est que l’on ne sait pas que l’on est un aidant, alerte Juliette Lacronique. S’occuper de son enfant c’est, plus encore que prendre en charge un père ou une mère vulnérable, une évidence. Surtout pour les femmes. Et l’idée de demander de l’aide, de déléguer, a quelque chose de culpabilisant. Les familles s’autocensurent. Moi-même, j’ai mis des années à me définir comme parent aidant. »

C’est justement pour aider les autres qu’elle décide de créer une plateforme dédiée aux nombreux parents-aidants. Notons que 250 000 familles déposent chaque année un dossier pour reconnaissance de handicap auprès de la Maison départementale des personnes handicapées.

L’objectif de Juliette : permettre aux parents aidants comme elle d’avoir la bonne information, au bon moment – « celle que l’on sait trouver lorsqu’après des années de galère on est devenue une experte !» sourit Juliette. « Il existe en effet un gros déficit d’information sur les règlementations, les aides. »

Et pourtant, ces salariés ont besoin d’aides. « Les parents aidants ont besoin de temps, de répit, de soutien psychologique, pour rassurer et pas culpabiliser », poursuit Juliette Lacronique. D’aides financières aussi – il faut savoir qu’une poussette adaptée à certains handicaps peut coûter jusqu’à 3000 euros – et surtout d’un système scolaire et péri-scolaire plus inclusif. 

Mais pour Juliette Lacronique comme pour le millier de parents aidants qu’elle accompagne, le mot-clé est la bienveillance.

Des politiques volontaristes

« Souvent, les aidants ne savent pas ce que l’entreprise, les mutuelles, peuvent leur  apporter » regrettait Frédéric Collet, président de Novartis France lors de la remise du 4e prix Entreprise et salariés aidants, qui récompense les meilleures initiatives.

Plan congé de l’aidant familial instauré par le groupe Casino, fonds de solidarité et certificat d’aidant mis en place par la Poste, dons de jours mais aussi aide psychologique, administrative, juridique proposée par de nombreuses entreprises comme LOréal, Danone, Sanofi, Bayard : les entreprises sont en effet de plus en plus sensibilisées aux  problèmes des parents aidants, même si elles ont parfois du mal à savoir où poser le curseur entre main tendue et intrusion dans la vie privée.

Par conséquent, les collaborateurs concernés ne connaissent pas obligatoirement leurs initiatives en la matière.

 «Il faut absolument créer des univers bienveillants» déclarait Rachel Compain, directrice développement social et diversité d’Engie lors de la remise du prix Entreprise et salariés aidants.

Reconnaissance, bienveillance pour les aidants : un véritable enjeu pour les entreprises mais aussi le défi de toute une société dans laquelle le care apparaît de plus en plus incontournable.

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