management de demain, écoute active
Publié le 3 min

Le management de demain ira plus vers une écoute active que des tableaux Excel

Auteur
Légeron-P

Psychiatre et directeur général de Stimulus, cabinet de conseil en changement comportemental, co-auteur avec Philippe Nasse du « rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail » commandé en octobre 2007 par le ministre Xavier Bertrand, auteur de Le stress au travail (Odile Jacob, mars 2003).

La crise du Covid-19 offre-t-elle une opportunité pour réinventer le management ? En tout cas la pratique du télétravail à temps plein a mis à nu certaines fragilités des salariés plus sujets au stress, à la solitude et à l’angoisse face au risque infectieux. Les managers, quant à eux, ont du trouver les mots pour être à l’écoute de leurs maux. Ecoute active, empathie, le management est-il en train de faire sa mue ?

Patrick Légeron, psychiatre et expert du stress au travail, apporte quelques éléments de réponse.

Les risques psychosociaux en ligne de mire

Selon une étude du cabinet Stimulus, 24% des salariés français sont dans un état d’hyper stress. En cause, l’isolement mais aussi le manque de soutien de leur manager. Selon Patrick Légeron, psychiatre et fondateur de la start-up Stimulus, « 60% des salariés Français considèrent que leur manager est une source de stress, à l’heure où la moyenne des pays européens se situe à 40%, sauf en Norvège où se taux approche les 10% ». Pourquoi ? « Le manager a un rôle absolument fondamental sur le bien-être du salarié au travail. Le rôle du management est extrêmement important et est assez défaillant en France », explique-t-il.

Un constat qui résonne d’autant plus fort depuis le début de la crise. Les résultats de la vague 1 de l’étude Malakoff Humanis sur le télétravail en période de confinement ont mis en avant la situation de détresse psychologique dans laquelle certains salariés se trouvaient. En effet, 30% des télétravailleurs confinés ont estimé que  leur santé psychologique s’était dégradée.

« En période de confinement, il a fallu faire extrêmement attention aux situations émotionnelles des salariés. Le stress était important et les risques considérables », note Patrick Légeron. Selon une étude OpinionWay qui a creusé le sujet, ce sont d’ailleurs 44 % des salariés qui étaient en situation de détresse psychologique, 25 % présentaient un risque de dépression, et 25 % une dégradation de leur motivation professionnelle.

Mais avec la distance imposée par le télétravail, il existe un levier pour diminuer le stress et améliorer le bien-être du salarié : la reconnaissance. C’est la clef pour réengager et rassurer les salariés. « Le domaine de la reconnaissance est fondamental » explique le psychiatre. « Beaucoup trop de salariés se plaignent en temps ordinaire que le manager ne montre pas suffisamment de reconnaissance par rapport au travail du salarié « .

En d’autres termes, faisons d’abord rimer bienveillance avec reconnaissance. Et réfléchissons ensuite à la façon dont les paradigmes managériaux traditionnels pourraient évoluer à la faveur de la crise.

Pour perdurer, l’entreprise doit réinventer son management qui doit passer du contrôle sur tableaux excel à l’écoute active et bienveillante.

Dans « l’entreprise d’après », quel management demain ?

Et si, en plus d’une parfaite maîtrise des outils collaboratifs, le confinement avait permis d’améliorer la qualité de nos relations professionnelles ? L’expérience partagée de cet isolement professionnel pourrait ouvrir la voie en entreprise à un management dont on percevait déjà les contours avant la crise : plus empathique, plus bienveillant.

« Il faut que les managers développent ce que l’on appelle aujourd’hui un management bienveillant, c’est à dire un management d’écoute, qui permet aux salariés d’exprimer leurs difficultés, qui va s’intéresser beaucoup à leur bien-être, ce qui malheureusement n’est pas toujours le cas. Il faut que le manager s’intéresse autant aux états émotionnels des salariés qu’à leur performance. D’ailleurs, ce sont des choses qui sont enseignées dans les livres de management classiques. Malheureusement trop souvent oubliées par les managers », se désole le psychiatre.

Alors, allons-nous vers une petite révolution du management, allant de la théorie aux actes ?

Patrick Légeron conclut : « Mon souhait est que cette crise permette au management de se réinventer et de considérer la bienveillance, l’écoute, l’aide et le soutien, par opposition au management de surveillance où le manager est focalisé sur les tableaux Excel. Pour perdurer, l’entreprise doit réinventer son management. »

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