Florence Chappert ANACT

La santé des femmes au travail en 5 infos-clés

À l’occasion de la journée des droits des femmes, le 8 mars, voici un focus sur la santé des femmes au travail. Quelles idées reçues persistent ? Quelles inégalités de genre constate-t-on ? Qu’a changé la crise du Covid-19 ? Décryptage de Florence Chappert, référente des questions d’« égalité, santé et conditions de travail des femmes et des hommes » à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). 

1° Les accidents du travail sont en nette augmentation chez les femmes

Florence Chappert : On communique souvent sur la baisse générale des accidents du travail. Elle est en effet de 15% entre 2001 (737 499) et 2016 (626 227). Mais ce chiffre masque une forte asymétrie : alors que les accidents du travail ont baissé de 29% chez les hommes, ils ont augmenté de 30% chez les femmes, sur la même période.  Cela s’explique par plusieurs facteurs : certains métiers très masculins ont connu de fortes baisses d’effectifs, comme dans l’industrie du bois, de la chimie ou de la métallurgie.

Par ailleurs, les femmes de plus en plus nombreuses sur le marché de l’emploi rentrent dans des secteurs, comme la santé et le social, le commerce où le risque d’accident du travail est sous-estimé. Les politiques de prévention y sont moins développées que dans des secteurs perçus comme dangereux. Or, aujourd’hui le risque d’accident de travail est le même pour le secteur des services à la personne que dans le BTP !

2° Les femmes sont deux fois plus exposées aux risques de troubles musculo-squelettiques (TMS) que les hommes

Florence Chappert : On considère plus facilement la pénibilité liée à la manutention de charges lourdes (travail plutôt masculin) que celle liée aux gestes répétitifs (travail plutôt féminin). Or, les gestes répétitifs sont aussi sources de TMS et ont donc un impact sur la santé des femmes. Nettoyage, saisie informatique, travail sur chaîne… Pour ces métiers, la pénibilité est différente, mais elle est bien réelle. 

3° Santé des femmes et risques psychosociaux (RPS) : 31% des femmes sont en situation de tension au travail, contre 27% des hommes

Florence Chappert : L’étude de l’Anact réalisée à partir des enquêtes nationales a confirmé que, dans leurs emplois, les hommes sont légèrement plus exposés aux facteurs d’intensité et de temps de travail tandis que les femmes sont plus exposées aux exigences émotionnelles, au manque d’autonomie et aux  tensions au travail

La notion de tension au travail combine une faible ‘latitude décisionnelle’ – une faible autonomie – à une forte ‘demande psychologique’ – une forte charge. C’est pourquoi, contrairement à ce que l’on pense, les non-cadres sont généralement plus exposés à ces risques que les cadres.

Ce qui apparaît aussi, c’est que certains facteurs de risques restent peu ou pas suffisamment pris en compte dans les études, comme par exemple la discrimination ou le sexisme au quotidien. Enfin, les ouvrières de l’industrie, les caissières et les employées, surtout si elles reçoivent du public, sont surexposées aux RPS et présentent une santé mentale particulièrement dégradée. » 

4° 52% de femmes plus fatiguées qu’à l’ordinaire pendant la crise du Covid-19

Florence Chappert : La crise sanitaire que nous vivons depuis un an a mis en lumière le poids de la charge mentale/familiale pour les femmes, une dimension sous-estimée jusque-là dans les études.

On assiste à un changement de regard depuis le premier confinement : les femmes en font toujours plus à la maison, même si les hommes prennent mieux leur part, et cela a eu un réel impact sur leur santé. Elles sont davantage fatiguées que les hommes, surtout quand elles sont en télétravail. Elles sont davantage en situation de travail empêché et reçoivent moins de soutien de la part de leur n+1.

Elles ont aussi souvent un environnement moins adapté, sans pièce ou bureau dédié au travail et avec un accès ou une formation moindre aux outils numériques. Elles ont l’impression de moins bien concilier vie pro – vie perso que les hommes alors que d’habitude c’est l’inverse.

5° Les femmes absentes en moyenne 30% de plus au travail que les hommes

Florence Chappert : On pense souvent que cet écart est dû uniquement à la maternité ou au nombre d’enfants. Mais cela n’explique qu’une part relative de cette différence, même chez les 25-45 ans ! En réalité, il est surtout dû aux métiers occupés et aux conditions de travail.

Les femmes travaillent davantage dans les secteurs de la santé, des services à la personne, du commerce  ou encore de l’industrie agro-alimentaire où on constate une forte usure professionnelle due notamment aux gestes répétitifs, au port cumulé de charges, aux exigences émotionnelles et mentales, et au manque de perspective en n’évoluant pas.

Il y a aussi beaucoup de surmenage dans les call-center de banques assurances par exemple. Enfin, l’absentéisme est plus élevé dans les familles monoparentales, que l’on soit un homme ou une femme, mais plus de 80% des foyers monoparentaux sont gérés par des femmes. 

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