Luc Bretones, Président de Purpose for Good et du think tank Institut G9+
Publié le 4 min

« L’entreprise nouvelle génération fonctionnera en réseaux » Luc Bretones, Président de Purpose for Good

La crise sanitaire a bouleversé l’équilibre des entreprises : télétravail à 100%, organisation phygitale, management par la confiance et collaboratif, communication transversale, digitalisation des échanges… Après une année inédite, vers quel modèle d’entreprise se dirige-t-on ?  Sommes-nous à l’aube d’un bouleversement organisationnel majeur accéléré par les effets de la crise ?

Selon Luc Bretones, Président de Purpose for Good et du think tank Institut G9+, l’avenir est aux entreprises innovantes ayant opté pour une gouvernance plus participative, une mission à impact et un mode de fonctionnement agile. Cette prospective issue de son ouvrage « L’Entreprise nouvelle génération » (Eyrolles) se fonde sur plus de 250 entretiens menés avec des leaders d’entreprises de toutes tailles et tous secteurs dans plus de trente pays.

L’entreprise nouvelle génération : à quoi ressemble-t-elle concrètement ?

Il est impossible de définir une règle applicable à toutes les entreprises car chacune a « designé » son propre modèle d’entreprise en fonction du contexte et de sa maturité. En revanche, elles se fondent toutes sur les mêmes piliers : leur organisation est agile ce qui les rend très efficaces opérationnellement. Puis, elles se sont dotées d’une raison d’être ou d’un objectif à impact positif sur l’environnement et la société. Ces deux invariants de l’entreprise nouvelle génération s’appuient sur des valeurs qui sont réellement vécues et partagées par les salariés.

Il existe également quatre principes consubstantiels à toutes ces entreprises : l’autonomie et son pendant, la responsabilité dans l’optique de développer un état d’esprit « d’intrapreneur ». Puis, le second couple d’attributs qui ressort largement est la transparence et la confiance. Ces entreprises sont régies par le management par la confiance et non plus le « command and control » traditionnel.

En quoi la mise en place massive du télétravail durant la crise sanitaire favorise-t-elle l’émergence de l’entreprise nouvelle génération?

Il faut comprendre que nous vivons une nouvelle révolution industrielle, celle de l’Internet. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de rendement : c’est pourquoi nous voyons émerger des changements managériaux profonds.

Ce n’est pas l’homme qui change et qui influence les technologies, c’est l’inverse ! C’est exactement ce que l’on vit actuellement avec le télétravail qui a été mondialisé du jour au lendemain.

En effet, les personnes se sont retrouvées à devoir travailler 100 % sur Internet et adapter leur manière de collaborer. Cette crise n’a fait qu’accélérer les changements en cours ce qui nous fait gagner cinq ans en maturité digitale.

Quels sont les grands changements organisationnels déjà observés ou à venir dans les entreprises à l’ère de la COVID-19 ?

Les quatre principes que j’ai énoncés sont indispensables quand vous vous retrouvez dans un mode de fonctionnement distant ou hybride.

En effet, vous avez besoin de faire davantage confiance à vos équipes car elles ne sont plus à proximité. De même, vous êtes obligés de développer l’autonomie et la responsabilité des personnes pour poursuivre les projets.

Comme vous utilisez des outils digitaux pour collaborer, et non plus des réunions physiques pour faire du reporting, la transparence dans le fonctionnement devient indispensable.

Aujourd’hui, la vie professionnelle et la vie personnelle sont intimement liées, vous pouvez donc faire confiance à vos collaborateurs car ils sauront gérer leur temps au mieux. Avec le confinement, il a été prouvé que les salariés étaient beaucoup plus productifs en télétravail !

Adieu donc le fonctionnement pyramidal classique ?

Oui, nous sommes en train de passer d’un fonctionnement pyramidal classique à un fonctionnement en réseaux d’équipe. C’est une des caractéristiques clés des entreprises nouvelle génération qui permet de s’adapter à la crise.

Pour que cela fonctionne, elles se fondent sur des outils types réseau social d’entreprise (Talkspirit, Workplace, Slack…) ou des plateformes qui permettent de décrire en temps réel qui fait quoi. Par exemple, Holaspirit permet de retranscrire son organisation en cercles et rôles sous la forme de réseaux d’équipe. Ce sont de puissants leviers de transparence et de collaboration transverse.

Ces transformations en cours préfigurent-elles l’émergence d’un modèle d’entreprise durable ?

Ce modèle d’entreprise va inévitablement se massifier et devenir un standard. 100% des leaders des entreprises traditionnelles ont compris qu’il fallait se transformer mais une majorité ne le fera pas.

Nous assistons à un renouvellement de l’économie à grande vitesse : les acteurs traditionnels qui ne se transforment pas assez vite disparaissent et les nouveaux entrants, agiles et innovants, grandissent très vite.

Il faut savoir qu’il existe déjà une dizaine de milliers d’entreprises nouvelle génération à travers le monde telles que Tochka Bank ou Mentaal Beter. Elles ont su mettre en place une gouvernance partagée, infuser assez d’agilité et donner du sens à leur mission pour garder leurs talents engagés à long terme.

Quels conseils donneriez-vous aux dirigeants qui souhaitent faire basculer leur organisation vers l’entreprise nouvelle génération ?

La première chose à faire est de questionner le sens de leur activité. Quelle est leur raison d’être ? Si c’est simplement produire un résultat financier, je pense que ce n’est pas suffisant.

Puis, il faut s’adresser aux salariés : ont-ils plaisir à venir travailler ? Sont-ils fiers de leur entreprise et se sentent-ils engagés ? Si la réponse positive est inférieure à 80%, il faut agir. Or, c’est malheureusement le cas dans la grande majorité des entreprises au vu du taux de désengagement, notamment en France.

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