salairé aidant et le télétravail
Publié le 3 min

Télétravail : un mode de travail adapté aux salariés aidants ?

On les appelle « aidants ». Ils sont 11 millions de Français et s’occupent d’un proche en difficulté chaque jour. Les salariés aidants misent de plus en plus sur le télétravail et sur l’aménagement de leur poste. Mais est-ce une bonne solution pour réussir à mieux concilier vie professionnelle et personnelle ?

Le télétravail, une pratique à double tranchant

En toute logique, le télétravail permettrait de diminuer le stress lié aux heures de travail et aux déplacements. Il pourrait également diminuer l’anxiété considérant que l’on ne laisse pas le proche en question, seul pour rejoindre son lieu de travail. Mais selon Pierre Denis, président de l’association Aidants Attitude, « le télétravail est à double tranchant pour un salarié aidant. Il ne convient pas à tout le monde. Certains pourront dégager du temps pour accueillir les équipes médicales, d’autres essayeront de compenser leur absence de l’entreprise en travaillant encore plus. Il ne faut pas oublier qu’être aidant, c’est 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’idée est de réussir à séparer vie professionnelle et personnelle en s’aménageant des créneaux dédiés au travail. » Car le télétravail peut aussi permettre à l’aidant de retrouver sa singularité : « Il ne faut pas oublier que lorsque l’on est aidant, nous ne sommes pas uniquement des aidants mais aussi des salariés, des personnes. Le travail peut justement être une soupape. Il faut faire attention de ne pas mélanger les rôles », analyse Mélissa Pangny, psychologue du travail.

Trouver un équilibre adapté, enjeux du télémanagement

Si la charge mentale revient aux salariés aidants, c’est aussi à l’entreprise de s’investir. « Pour que le télétravail fonctionne, il faut avoir le caractère qui convient. Ce n’est pas une solution miracle. L’entreprise doit faire dans la dentelle et composer avec le salarié. C’est-à-dire trouver une solution sur-mesure pour le collaborateur. Cela peut être le télétravail, ou l’aménagement de son poste, voire de son temps de travail. Pour cela, il faut être à l’écoute de la personne et de ses besoins », souligne Pierre Denis. Certes, le télétravail élimine la crainte d’être appelé au travail à tout moment pour une urgence liée au proche aidé. Cependant, une charge cognitive demeure. « Il est nécessaire de prioriser les tâches à la maison. Il faut jongler avec les différents rôles et tâches de manière très pratique. Car le fait qu’il n’y ait plus de distance géographique avec le proche aidé rajoute une certaine charge mentale. Mais rester au bureau peut aussi amener à développer une forme de culpabilité », ajoute Mélissa Pangny.

Télétravailler pour réduire l’absentéisme

Aujourd’hui, en France, 50% des aidants travaillent en entreprise. Ils représentent 1 salarié sur 6 et bientôt en 2030, ils seront 1 salarié sur 4. Selon le livre Aidants, ces invisibles du docteur Hélène Rossinot, ils représentent une part non négligeable de l’absentéisme en entreprise mais sont aussi derrière certaines mutations du travail : « Les aidants reflètent l’absentéisme, le passage au travail à temps plein au temps partiel, le remplacement des employés et les ajustements des journées de travail ».  

Mais il existe autant de profils que d’aidants. Toujours selon le docteur Hélène Rossinot qui cite une étude américaine du Metlife Mature Market Group, les femmes, par leur fonction d’« aidantes naturelles », caractérisent la difficulté de cette condition : « 33% des télétravailleuses ont réduit leurs heures, 29% ont raté une promotion, 22% ont pris un congé, 20% sont passées d’un emploi à temps plein à un temps partiel, 16% ont quitté leur emploi et 13% ont pris une retraite plus tôt ».

C’est toute la gageure de cette configuration parfois délicate : être aidant, c’est une solidarité envers un proche en difficulté, mais aussi envers la société en général. Et le télétravail, par sa capacité à offrir de la flexibilité et des leviers de réalisation professionnelle, est une solidarité envers l’aidant. A la condition justement, qu’il n’entrave pas la progression naturelle du collaborateur dans l’exercice de ses missions.