échec et santé
Publié le 3 min

« L’impact de l’échec professionnel sur la santé des patrons est encore tabou.»

Si nous ne manquons pas d’exemples de belles success stories, force est de constater que l’on accorde encore peu de place à l’échec entrepreneurial. Pourtant, il précède souvent les plus belles réussites !  Pourquoi l’échec est-il si mal vu encore aujourd’hui ? Comment peut-il impacter la santé des dirigeants de petites et moyennes entreprises ? Comment rebondir après un échec et sur quoi s’appuyer pour surmonter ce moment difficile ?

Quentin Périnel, journaliste au Figaro, explore dans son dernier livre les parcours de leaders inspirants (Marc Simoncini, Maurice Lévy, Fleur Pellerin…) qui ont connu un ou plusieurs échecs professionnels dans leur carrière et ses répercussions. Rencontre

Pourquoi avoir choisi l’échec comme angle pour votre livre ?

L’échec est un sujet encore peu abordé en France, contrairement aux Etats-Unis par exemple. C’est selon moi un versant indissociable du succès, qui me semblait intéressant à explorer. 

A votre avis, pourquoi en parle-t-on si peu ?

Nous avons avec l’échec un rapport quasiment épidermique, qui commence dès l’école où les élèves en situation d’échec scolaire sont souvent stigmatisés. C’est une vraie souffrance, qui peut être difficile à surmonter et qui rend le sujet très compliqué à aborder frontalement. 

Dans mon livre, Erik Orsenna tente d’expliquer ce rejet de l’échec : en échouant, nous devenons en quelque sorte notre propre échec. C’est symbolique, il devient impossible de séparer la personnalité d’un individu à son échec personnel.  

Comment un échec professionnel affecte la santé d’un dirigeant?

Un échec touche forcément l’égo, c’est toujours très blessant. Du jour au lendemain, les relations avec les autres changent : votre entourage ne vous regarde plus de la même façon et, dans certains cas, on devient carrément persona non grata. Il faudrait à tout prix s’éloigner de l’échec qui est comme contagieux ! 

Par conséquent, les chefs d’entreprise qui connaissent un échec professionnel s’isolent, de leur propre chef par honte, mais aussi de façon contrainte à cause du regard des autres. 

Forcément, leur santé mentale et physique en pâtit, car ce sont des personnes en souffrance. Autant que l’échec en lui-même, cet impact est encore tabou. 

Comment faire pour surmonter un échec professionnel ?

Il faut à tout prix éviter d’être dans le déni pour ne pas aggraver le problème. Être dans la clairvoyance le plus tôt possible peut permettre de réparer certaines erreurs.

Ensuite, il faut veiller à bien s’entourer, de ses proches évidemment, mais aussi d’un réseau professionnel de confiance. Il faut savoir écouter les autres lorsqu’ils émettent des doutes sur une initiative ou un projet…

Un ami entrepreneur a passé trois ans à se donner corps et âme pour une boîte dont il savait, au fond de lui, qu’elle était vouée à l’échec. Autour de lui tout le monde le disait… Sauf à lui ! 

Donc, vraiment, il ne faut pas hésiter à faire part de ses doutes à son entourage. Le silence est la plus mauvaise façon de résoudre un problème.

Des associations, comme Second Souffle et 60 000 Rebonds, accompagnent au niveau psychologique des entrepreneurs pour leur permettre de rebondir après un échec professionnel, avec l’aide de coachs et de mentors.

Cette étape de reconstruction demande-t-elle du temps ?

Oui, car un dirigeant d’entreprise qui a connu un échec professionnel ne va pas rebondir du jour au lendemain. C’est humainement impossible. 

Il faut prendre du temps pour permettre à l’échec d’être digéré et analysé, parfois par le biais d’une introspection personnelle.

Parfois, cela peut être très long : j’ai rencontré des personnes qui n’ont accepté de parler de leurs échecs que 5 ans, voire 10 ans, après ! 

Mais cette étape est essentielle pour se projeter dans d’autres projets. Un échec est souvent la meilleure façon de mettre en lumière ses failles et de poser des mots sur sa façon de penser, d’agir, d’interagir avec les autres… Une analyse qu’on ne prend pas la peine de faire en général quand tout nous réussit. 

Selon vous, passer par une phase d’échec rend-elle forcément plus empathique ? 

Tout dépend de la personnalité, mais je pense vraiment qu’essuyer un échec professionnel rend les dirigeants plus empathiques, humbles mais aussi respectables pour les employés. C’est également gratifiant de réussir à se reconstruire, de valoriser son échec en un enseignement pour la suite. On acquiert alors un regard neuf, on prend plus de recul. 

Pensez-vous que le rapport à l’échec sera différent pour les prochaines générations de patrons ?

Oui, car je pense que l’échec est de moins en moins tabou. C’est d’ailleurs un sujet qui est maintenant présent dans beaucoup de cursus d’écoles de commerce. 

À terme, je pense que cette prise de conscience permettra de moins stigmatiser l’échec et de mieux accompagner les dirigeants dans cette situation. 

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