effet boomerang de la crise sur la santé au travail
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L’effet boomerang de la crise sanitaire sur la santé au travail : Des salariés engagés mais épuisés…

Durant la période de confinement, les salariés se sont particulièrement mobilisés. Quelques 41% des salariés ont déclaré s’être “très engagés dans leur travail” lors du confinement selon le baromètre Absentéisme & Covid-19 réalisé de mars à juin par Malakoff Humanis sur l’absentéisme et le télétravail en période de confinement. Mais derrière ce chiffre stable depuis la première vague réalisée au mois de mars, se cache une nouvelle réalité : la montée d’une grande fatigue. Plus de la moitié d’entre eux ont ressenti plus de fatigue que d’habitude selon l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail).

Des salariés animés d’un sentiment d’urgence

Le climat était à la mobilisation analyse Denis Monneuse, chercheur associé à l’IAE Paris et spécialiste des questions de santé au travail, « l’engagement a été très fort pour plusieurs raisons. Notamment autour de la quête du sens. Toutefois, les salariés se sont sur-engagés, sens ou non, pour porter l’entreprise et montrer que l’on pouvait compter sur eux…même depuis chez eux ».

Ce sur-engagement se retrouve au cœur des équipes, tout poste confondu. « J’ai beaucoup plus travaillé pendant le confinement, surtout parce qu’il y avait une demande extérieure forte. Je passais mes journées au téléphone pour avancer sur les dossiers et rassurer mon équipe. C’était d’ailleurs l’une de mes priorités. C’était important à ce moment-là, plus que d’habitude, d’être à 100% au côté de mon équipe. Surtout lorsqu’elle s’engage encore plus dans son travail », confie David*, manager dans une agence de conseil à Bordeaux.

La peur de perdre son emploi

Cet engagement s’est accompagné d’une réelle peur de perdre son emploi. Plus de quatre travailleurs sur 10 (41%) redoutent les conséquences de la crise économique liée au coronavirus, selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour France Info et Le Figaro publié jeudi 4 juin. « Les salariés travaillent énormément, et font acte de présence. Ils se sur-engagent car ils ont peur de perdre leur travail. Alors ils travaillent deux fois plus. Sous cette pression le problème mue de l’économique à la santé », nous indique Denis Monneuse. Et la baisse du PIB de 11% en 2020 prévue par le gouvernement renforce les inquiétudes.

Du sur-engagement à la pression psychologique

Le travail à distance s’est aussi accompagné de formes de communication nouvelles et parfois pesantes, pour les équipes et les managers. « J’ai vécu plusieurs types de pression : la première était la messagerie en ligne de l’entreprise. Il fallait constamment bouger la souris pour montrer que l’on était présent. Car au bout de 5 minutes d’inactivité nous étions noté en absent. Donc même quand je cuisinais je devais bouger la souris pour retrouver le statut « en ligne », être disponible si mon équipe ou quelqu’un en interne avait une question ou besoin d’aide. C’était un moment épuisant. Il fallait rassurer mon équipe avec le peu d’infos que l’on avait, leur montrer que leur travail était utile et parallèlement à cela les rendre visibles et les valoriser en interne », continue le manager.

Selon un baromètre Opinionway publié à la fin du mois d’avril, 70% des managers se sont déclarés fatigués à cause du confinement.Pour les salariés sur-engagés en télétravail, les prochains mois risquent d’être aussi difficiles. Entre la fatigue physique des mois passés parfois mal installés devant son poste de travail, et les premières manifestations de la récession, les plans de licenciement, les fermetures…

« Ce sur-engagement et la peur du licenciement s’accompagnent d’une anxiété si forte qu’elle peut en arriver au syndrome du survivant pour ceux où leur poste en effet a été sauvé. Voir des collègues partir, mis au placard, alors que notre poste est maintenu décuple notre culpabilité. Et cela épuise ».

Comment conserver l’engagement en allégeant la pression ?

« Pour les maintenir engagés, et bien leur montrer leur utilité j’ai souvent poussé leur travail devant la hiérarchie, pour que leurs noms soient mentionnés en conférence et réunions. Nous avons également organisé des vidéoconférences pour présenter les dossiers sur lesquels ils ont travaillé et c’est eux qui parlaient”, raconte David fièrement.

D’autres, remercient leur employés et fournisseurs en le criant dans les rues…ou presque.

L’entreprise MVVH-Delpayrat a installé sur tous ses sites de production des messages de remerciements visibles depuis la route. Où l’on pouvait lire : « MERCI à nos agriculteurs et à nos équipes engagées pour une alimentation authentique et gourmande ». Ces initiatives privées, s’ajoutent à la revalorisation des métiers dits « de première ligne », entreprise par les acteurs publics. Car après cette intense période où chacun s’est engagé, à sa façon, voici le temps des merci, pour mieux repartir. 

*David – Notre interlocuteur a souhaité garder l’anonymat. Son prénom a été modifié.

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