La Poste, une entreprise aidante avant l'heure
Publié le 4 min

La Poste, une entreprise aidante avant l’heure

De par sa taille et son statut, La Poste est une entreprise à part ce qui lui permet de tester des solutions RH novatrices. C’est le cas pour les aidants qui selon la dernière étude Malakoff Humanis sont des salariés qui cumulent plusieurs vulnérabilités notamment d’ordre psychologiques. Laurence Hulin, Directrice Diversité et Égalité des Chances du groupe détaille le programme mis en place par son service pour accompagner au mieux les salariés aidants. Rencontre.

Avant tout, il faut rappeler un point qui n’est pas un détail : La Poste, c’est 250 000 salariés. Autrement dit, 1 salarié sur 100 travaille pour elle, soit 1 % de l’ensemble de la population active française. Par ailleurs, vu son activité, La Poste bénéficie aussi d’un maillage territorial et organisationnel quasi unique. Enfin, et là non plus ce n’est pas négligeable, il y a environ 17 000 personnes, tous postes confondus, au service RH.
Laurence Hulin, Directrice Diversité et Égalité des Chances à La Poste, a bien conscience que c’est exceptionnel :
« Pour moi, cela veut surtout dire qu’à La Poste, le nombre est une force pour déceler toutes les formes de fragilités ».

Sur le terrain, on a 260 assistants sociaux, autant de médecins du travail et 120 référents handicap & diversité. Ce qui veut dire que lorsqu’un de nos salariés souffre d’une fragilité, il peut choisir l’interlocuteur avec qui il se sent le plus à l’aise.

Sans compter que les salariés peuvent aussi compter sur des collègues bienveillants pour faire remonter l’information.
Laurence Hulin conclut sur ce point : « Si j’étais surprise au début que l’information ne soit pas communiquée directement au service RH, je pense finalement que cette multiplicité de canaux et le choix ainsi laissé au salarié sont bénéfiques. Surtout, ainsi on n’a aucun ‘trou dans la raquette’ et c’est une grande fierté ».

2015, premières mesures prises pour les aidants

La Poste intègre l’accompagnement aux aidants dans sa politique RH dès 2015, soit bien avant que le sujet émerge dans les médias.
En 2016, l’entreprise crée le « Guichet des aidants familiaux », une plateforme téléphonique d’aide administrative et psychologique. C’est un succès. Relayée par la communication interne, l’initiative crée un véritable engagement et permet de prendre conscience de l’ampleur du phénomène.
L’année d’après, La Poste innove encore en instituant un « Certificat des Aidants » qui lui est propre et qui permet d’abonder les aides publiques déjà existantes à hauteur de 0,5 % de part en plus. En parallèle, La Poste passe aussi des accords avec des centres de vacances médicalisés pour aidants et aidés.
À ce sujet Laurence Hulin commente : « c’est un vrai plus car les aidants ont besoin de repos, mais culpabilisent quand ils partent. Dans ces centres, ils peuvent se reposer sans aucune crainte ».

J’ai la sensation qu’on est mini-laboratoire de ce qui se passe dans la société et je trouve ça extraordinaire.

2018, création de « L’Accord des Aidants »

Cet accord a été passé avec les syndicats le 18 Septembre 2018. Il concerne aussi bien les aidants selon la loi que ceux qui bénéficient juste du « certificat » de La Poste, beaucoup plus englobant. Il a trait essentiellement à l’aménagement du temps de travail pour répondre aux besoins spécifiques des aidants en la matière et s’avère très complet.
Concrètement, concernant l’organisation du temps de travail, il permet : le télétravail flottant, l’adaptation des horaires, la mutation pour accompagnement de fin de vie et la facilité du temps partiel.

À cela s’ajoutent 3 ASA (Autorisations Spéciales d’Absence) « Des autorisations attribuées de droit, précise Laurence Hulin et c’est important car cela veut dire qu’on ne peut pas leur refuser ». Enfin, un fond de solidarité exceptionnel de 1 000 jours de congés par an, répartis entre les salariés aidants et attribués par une commission RHC. Cela peut représenter jusqu’à 25 ou 30 jours de congés supplémentaires sur un an pour l’aidant.
« Alors que dans la plupart des entreprises, les aidants sont obligés de prendre des congés sans solde ou de se mettre en arrêt maladie, cela fait vraiment la différence » souligne Laurence Hulin avec fierté.
Quid de la gestion de la crise sanitaire ?
À La Poste, lors du premier confinement, les salariés titulaires du « Certificat des Aidants » ont pu rester chez eux et bénéficier de 100 % de leur salaire. Pour la seconde vague, le management les a incité au télétravail et leur a proposé l’accès au fonds spécial en cas de besoin.

Les enseignements du dispositif de La Poste

Laurence Hulin note un point important : « En 2019, il y a 30 personnes qui ont bénéficié du fond, avec une parité parfaite entre les sexes. C’est important car on pense souvent que les aidants sont majoritairement des femmes. Or, on voit bien que si un dispositif existe dans l’entreprise, l’homme ‘aide’ tout autant ».
Par ailleurs, même si le sujet est un peu tabou, elle convient aussi que les salariés aidants, ainsi accompagnés, sont extrêmement reconnaissants à l’entreprise et font alors preuve d’une implication professionnelle décuplée.
Si, à date, les accords aidants de La Poste doivent être renégociés sous peu, Laurence Hulin peine à trouver des entreprises aussi en avance sur le sujet dont elle pourrait s’inspirer pour aller encore plus loin.

Pour l’heure, elle entend donc « prêcher la bonne parole » au sein de l’entreprise grâce à une nouvelle campagne de communication interne. Et pourquoi pas à l’extérieur aussi car, comme elle le constate sans fausse modestie : « J’ai la sensation qu’on est mini-laboratoire de ce qui se passe dans la société et je trouve ça extraordinaire ».

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