repenser la santé au travail
Publié le 4 min

« Face à une santé des salariés de plus en plus inégale, il faut repenser le travail dans une vision globale »

La crise du Covid-19 et le confinement ont mis en exergue les inégalités, notamment en entreprise. Parallèlement à la fracture sociale, celle de la santé au travail creuse un fossé entre les salariés. Une santé au travail à géométrie variable… Explications avec Christophe Nguyen, directeur général du cabinet « Empreinte Humaine ».

Des inégalités exacerbées par la crise sanitaire

Selon une note du Trésor Public, publiée début août, les inégalités liées au logement, à la situation familiale et à l’éducation ont été exacerbées par le confinement. Ces dernières se répercutent et accentuent celles liées au monde du travail. « Le confinement a exacerbé les inégalités. Qu’elles soient familiales, structurelles ou en rapport avec le logement », nous indique Christophe Nguyen, avant d’ajouter : « en entreprise ces inégalités s’ajoutent et creusent celles déjà existantes. Le confinement a été un facteur d’accélération et d’amplification des inégalités en entreprise, notamment autour de la santé ».

Pour Christophe Nguyen, les salariés « expriment le besoin d’un environnement psychosocial sécuritaire qui soit porteur de sens et qui valorise la santé et le bien-être ». D’ailleurs, nous dit-il, « certains l’ont très bien vécu, d’autres moins. Et ce fossé est notamment psychologique. Nous ne sommes pas égaux face aux risques psychosociaux, qu’ils soient sociaux, de valeurs, économiques ou structurels. Mais cela était prévisible. Ces inégalités existaient déjà. ».

Une santé au travail de plus en plus inégale

Profil socio-démographique, secteur d’activité et taille de l’entreprise, situations de famille… les salariés n’ont pas subi la crise de la même manière selon leur situation.  Christophe Nguyen insiste sur « les télétravailleurs qui peuvent se retrouver démunis face à l’utilisation d’outils, voire même isolés socialement, et les salariés qui appréhendent de revenir sur leur lieu de travail ». D’ailleurs, dans la publication, « Pour vivre heureux vivons égaux ! », les épidémiologistes britanniques Kate Pickett et Richard Wilkinson développent l’idée d’une épidémie de phobie sociale.

Mais ces inégalités entre les salariés n’est pas récente. Les salariés aidants cristallisaient déjà ces fractures. D’après les résultats de l’étude sur la santé au travail à l’épreuve de la Covid-19 de Malakoff Humanis, ils seraient 51% à déclarer que leur fatigue psychologique s’est accentuée contre 45% de l’ensemble des salariés.

Et cette fatigue psychologique a entraîné d’autres questionnements : « Nous faisons face à des salariés qui recherchent un nouveau sens et expriment d’autres besoins. Ceux en quête de sens, prêt à se réorienter, et les autres où le travail est une sécurité. Dans les deux cas, attention au désengagement. Cela accentue la question de la santé psychologique au travail », ajoute Christophe Nguyen. En effet, il y a ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas utiliser ce pansement professionnel. Au mois d’avril déjà, l’étude Malakoff Humanis indiquait que 12% des arrêts de travail avaient pour motif les risques psychosociaux, faisant des RPS la deuxième cause d’arrêt maladie.

L’entreprise, c’est une empreinte humaine à préserver

Pour Christophe Nguyen, chaque entreprise possède une empreinte humaine.Sur le même modèle que l’empreinte carbone, elle peut choisir d’avoir un impact positif sur ses salariés. « Cette humanisation du travail a inversé le rapport de force par rapport au travail. Aujourd’hui, les salariés sont en droit de mettre en avant leurs émotions. Le rôle de l’entreprise ici est de les écouter, de les accompagner, de prendre soin d’eux. Elles ont d’ailleurs joué ce rôle pendant le confinement. Il faut dorénavant continuer de prévenir et d’écouter. Car les salariés n’oublieront pas », déclare-t-il.

Car sans les salariés, l’entreprise n’est rien.

Le monde du travail de demain ne se fera pas sans la santé des salariés. Les entreprises ont tout à gagner à jouer un rôle actif pour guider les travailleurs vers une résilience.

Cette question de la santé au travail est incontournable. Elle pose les bases d’un nouvel absentéisme et pousse à un regain de réflexion sur les organisations. « Nous faisons face à un absentéisme nouveau. Nombreux sont les salariés qui ne souhaitent pas revenir sur site, à cause de la crise sanitaire et parfois à cause du management », déclare Christophe Nguyen.

Alors que faire ?

Repenser le travail dans une vision globale

Inégaux face au management, à leur santé, à leurs questionnements, les salariés ont besoin de repères. D’un service à l’autre, et selon les problématiques sanitaires, il est question de rééquilibrer la politique de management : « Il faut harmoniser les pratiques managériales, favoriser la santé et l’accompagnement du retour en entreprise », indique Christophe Nguyen. Sans oublier de repenser également notre rapport au travail pour réduire ce fossé.

Il faut réfléchir globalement au travail. Selon moi, le travail idéal intègre la coopération, la culture d’entreprise, l’identité, la fierté, une vision du monde, le bien-être et la santé.

Pour l’expert, les inégalités an matière de santé au travail devraient être prises en compte individuellement.

Sur une note plus positive, ce dernier nous donne quelques clefs supplémentaires pour appréhender cette situation : « La bonne chose, c’est qu’il y a eu une humanisation du travail. On prend en compte ces problématiques, on met une personne et ses émotions derrière un poste, on l’écoute…il faut que l’entreprise tende vers encore plus d’inclusivité pour réduire ces inégalités ».

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