Célibataire en télétravail
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Célibataires : et si le télétravail n’était pas fait pour vous ?

« La solitude est une prison », disait à juste titre le dramaturge chinois Lao She. Et effectivement, selon la dernière étude de Malakoff Humanis sur le télétravail , 46% des télétravailleurs identifient les impacts psychologiques comme inconvénients majeurs à la pratique du télétravail. Un chiffre qui monte à 57% pour les salariés seuls et sans enfant, plus exposés que les autres au risque d’isolement, à la non déconnexion et à la perte du lien collectif. A croire que le télétravail n’est pas fait pour tout le monde !

Outrepasser les limites

Le télétravail a longtemps pâti d’une mauvaise image, celle d’une journée de repos qui ne dirait pas son nom, pris à la barbe de l’employeur, où l’on déambulerait chez soi en pyjama, avec une productivité proche du niveau de la mer. Disons-le tout de go : la réalité est toute autre. Etre chez soi peut même être perçu comme une forme de privilège qui induirait une forme de culpabilité et inciterait finalement à travailler plus.

Comme dans le théâtre classique, le travail a longtemps suivi la règle des trois unités : de temps, de lieu et d’action. Aujourd’hui, sous l’impulsion de la révolution numérique et de l’économie de service, cette unité temporelle, spatiale et productive a volé en éclat. Avec le développement du télétravail, le travail sort de l’entreprise et des limites déterminées par l’environnement de travail.

Selon Mélissa Pangny, psychologue du travail, « le télétravail nous impose moins de limites. Il n’y a plus une limite horaire, et le risque de moins sortir est bien présent. Surtout chez les salariés seuls et sans enfant. »


« Nous maitrisons moins la charge de travail et nous pouvons être amené à considérer le travail comme une valeur essentielle de la vie, avec un risque d’addiction. Nous nous exposons alors à du stress, de la souffrance voire à un burnout. » 

Mélissa Pangny, psychologue du travail

La famille : un phare au milieu d’une mer de mails

Alors que 34% des sondés estiment que le télétravail crée des tensions au sein de l’entourage familial, ce dernier peut devenir son issue de secours. « Quand nous avons des enfants à aller chercher à l’école, nous sommes obligés de décrocher. Aussi, notre entourage peut nous stopper quand il estime que l’on travaille trop. Il est parfois difficile de se limiter soi-même », analyse Mélissa Pangny. Un avis partagé par Thomas, un salarié célibataire qui travaille dans une agence de communication parisienne : « lorsque l’on télétravaille, il est difficile de se mettre des limites. On peut rapidement déborder. Il faut se créer des rituels, un espace de travail et ne pas confondre les espaces de détente, ou la cuisine, avec un bureau.  »

D’ailleurs, notre entourage n’a pas non plus l’habitude de nous voir travailler. Toujours selon la psychologue du travail, « le foyer n’est pas censé être un lieu de travail. Il est nécessaire de séparer le bureau et la maison. En télétravaillant, nous pouvons confondre les deux milieux et être avec des personnes que l’on a l’habitude de voir dans une sphère privée, avec des comportements qui ne sont pas adaptés au travail. Nous pouvons laisser le personnel prendre le dessus ou à l’inverse, ne pas être disponible pour le reste. La famille peut donc avertir sur certains débordements ». Quant aux célibataires, ils limitent le risque d’isolement grâce aux outils de travail collaboratifs qui leurs permettent de rester connectés avec leurs collègues mais également en ne renonçant pas à leur vie sociale, nécessaire pour décompresser. «On est autant engagé dans son travail qu’au bureau. Même si on gagne en tranquillité, en concentration, il y a le risque d’être seul, de de moins bouger, de voir moins de monde. Alors on s’oblige à faire des pauses à l’extérieur pour déjeuner, on discute beaucoup, grâce aux niveaux outils, on reste tout de même connecté avec ses collègues. » explique Thomas.

Du psychologique au physique

Les risques psychosociaux sont une chose, les accidents du travail une autre. « Quand nous sommes au travail, continue Mélissa Pangny, nous pouvons être pris en charge en cas d’accident. Seul chez soi, c’est toutefois plus difficile. Il existe donc des facteurs de risques psychosociaux, mais les risques professionnels classiques des accidents domestiques existent d’autant plus. » D’ailleurs, un accident chez soi relève-t-il de l’accident du travail ou de l’accident domestique ? Conformément à l’accord cadre européen du 16 juillet 2002 et de la directive 89/391 « l’employeur est responsable de la protection de la santé et de la sécurité professionnelles du télétravailleur ». « Il est donc important, conclut Mélissa Pangny, de se demander si les risques en valent la peine, et de considérer si le télétravail peut nous convenir. »

Quelques bonnes pratiques pour éviter l’isolement

1. Établir des règles communes

Claires et précises, ces règles ont pour but de définir les tâches, responsabilités, échéances, horaires et interlocuteurs. Elles doivent être les garants d’un travail facilité et encadré.

2. Travailler seul mais à plusieurs

Pour répondre au sentiment d’isolement, le coworking peut apparaître comme une solution, intégrant le travail à distance à une communauté de travail, sans les inconvénients de l’isolement.

3. Ne pas délaisser les réunions

Continuer à participer à la vie sociale de l’entreprise et à des réunions périodiques est important. Quelles soient téléphoniques ou physiques les réunions permettent de conserver une cohésion sociale, de rompre l’isolement professionnel.

4. Maintenir les droits des salariés

Il est essentiel de continuer de proposer aux salariés en télétravail des formations, de participer aux élections professionnelles ou encore d’être promus. Cela permet d’éviter aux télétravailleurs de se sentir moins déclasser par rapport aux autres salariés de l’entreprise.

5. Former ses équipes

Pour que le télétravail fonctionne, il est nécessaire de former les salariés et les managers à cette nouvelle organisation du travail. Aujourd’hui 85 % des managers encadrant des télétravailleurs estiment que le télétravail demande une sensibilisation particulière aux spécificités du télétravail. Il faut être capable d’instaurer de nouveaux process, de nouveaux modes de contrôle du travail et de redéfinir la confiance.