Man rolling rock up hill
Publié le 4 min

Burn-out, les dirigeants aussi !

Selon l’observatoire Amarok, spécialisé dans la santé physique et mentale des travailleurs non salaries, 17,5 % * des chefs d’entreprise risquent un burn out, stress, dépression, voir risque suicidaire font aussi partis des fragilités exacerbées par la crise sanitaire : entretien avec Olivier Torres,  fondateur d’Amarok, et Laure Chanselme, à l’écoute des patrons.

Pourquoi s’intéresser à la fragilité des chefs d’entreprise ?

Oivier Torrès : Parmi les travailleurs non salariés, on trouve de nombreux dirigeants de petites et moyennes entreprises. Ces PME représentent 99,84 % des entreprises françaises et quelques 10 millions d’emplois. Avant que nous nous y attelions, il n’existait pas de statistique sur la santé de ces chefs d’entreprise.

Quelles sont les actions et missions d’Amarok ?

Laure Chanselme : Nous sommes d’abord un observatoire scientifique qui étudie la santé des travailleurs non salariés. Après avoir mené des études épidémiologiques, nous avons constaté trois principaux risques auxquels ils peuvent être exposés : suicide, stress post-traumatique et burn out. Depuis 2015, nous gérons une Cellule de coordination et d’accompagnement (CCA) dans l’Hérault et le Var pour les commerçants, artisans, professions libérales et exploitants agricoles victimes de braquage ou d’agression. Nous mettons aussi en place des plateformes d’écoute téléphonique, dont une nationale, pour les chefs d’entreprise en difficulté.

Comment cette fragilité des chefs d’entreprise se manifeste-t-elle ?

O. T. : De trois façons principales. Cela commence par la lassitude : quand vous répétez dix fois par jour « j’en ai marre », soyez attentif, ce n’est pas normal. Le deuxième indicateur est le sentiment de déception qui se développe au fil de la carrière, déception envers les salariés, les clients, l’État, etc. Enfin, le couple infernal du « je dors mal » et « je me sens fatigué ». Le sommeil devient une variable d’ajustement du travail : dormir moins pour travailler plus.

Comment se passe la communication avec les personnes qui vous contactent ?

L. C. : En règle générale, je ne les ai qu’une fois au téléphone. Avec Amarok, nous avons surtout un rôle de coordination. Lors du premier échange, nous écoutons et essayons de comprendre la situation. Le problème principal est souvent d’ordre financier.

Nous leur permettons de se décharger, les aidons à comprendre ce qui s’est passé, ce qui les a conduits à l’épuisement, à identifier les facteurs déclenchants et à évaluer leurs besoins immédiats. Nous leur donnons des conseils à mettre en œuvre le même jour. Puis nous les orientons vers des interlocuteurs adaptés : psychologues, psychiatres, hypnotiseurs, coachs, associations, médecins, etc.

Certains secteurs d’activité sont-ils plus touchés que d’autres ?

O. T. : Les agriculteurs sont très sujets à l’épuisement. Les chambres d’agriculture sont d’ailleurs en pointe sur ces questions. Une autre profession très touchée, à laquelle je ne m’attendais pas, ce sont les experts-comptables. Ils sont soumis à une incroyable quantité et complexité de lois et de règlements. Ce sont des « sachants » et on attend d’eux qu’ils aient toujours une bonne réponse. À quoi s’ajoute une grande tension durant les périodes fiscales.

Que dire aujourd’hui de la santé des chefs d’entreprise, et quelles peuvent en être les conséquences ?

O. T. : Tout d’abord, entreprendre c’est bon pour la santé. Mais c’est aussi épuisant. Les entrepreneurs travaillent plus que toute autre population, en tout lieu et en toute époque. Quand ce travail, si existentiel, est altéré, soit par un empêchement, soit par sa disparition, cela les fragilise. Or l’épuisement c’est l’affaiblissement de la créativité, de l’anticipation, de la vigilance entrepreneuriale et une plus forte irritabilité. Une fois qu’on est épuisé, il y a un risque évident de dépôt de bilan. Et plus la taille de l’entreprise est petite, plus la santé du dirigeant est importante.

Bonne pratique

La ligne Écoute Dirigeants
0 801 900 030 - service & appel gratuit
Initié par Malakoff Humanis, ce service propose une assistance aux managers – du lundi au vendredi de 8h à 19h – pour les aider à gérer des situations difficiles.

Le dispositif OSE
Occitanie Soutien aux Entrepreneurs (OSE) s’appuie sur les services de santé au travail, les chambres de commerce et d’industrie et les chambres de métiers et de l’artisanat. Lorsqu’un entrepreneur exprime des difficultés personnelles, elles peuvent réaliser un signalement auprès de Présence Occitanie. Le service de santé du travail auquel il est affilié pourra le contacter et déclencher des alertes auprès des associations du portail du Rebond.

Apesa
Constatant une hausse du nombre d’entreprises en difficulté, Marc Binnié, greffier au tribunal de commerce de Saintes, et Jean-Luc Douillard, psychologue clinicien, ont créé en 2013 le dispositif Apesa, pour « Aide psychologique pour les entrepreneurs en souffrance aiguë ». Le réseau compte 64 associations et 17 en cours de création. Déployées partout en France, toutes émanent d’un tribunal de commerce. La prise en charge est assurée par un réseau de praticiens, spécialisés dans les addictions, la prévention du suicide et la médiation familiale.

Article rédigé par Alexandre Anquart en partenariat avec le média We Demain.

* d’après l’enquête OpinionWay de 2019 pour Malakoff Humanis

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