santé des dirigeants
Publié le 7 min

La santé des dirigeants des TPE/PME à l’épreuve de la crise

Si 82% des dirigeants de TPE/PME déclarent être en bonne santé, certains indicateurs, comme le stress ou les pratiques addictives, font apparaître une réalité plus nuancée. Tel est le constat qui ressort de l’étude de Malakoff Humanis sur la santé des dirigeants en 2021. Quel est l’impact de la crise sanitaire sur leur santé? Comment envisagent-ils l’avenir de leur santé et celle de leurs salariés? Focus sur les principaux résultats.

Un décalage entre état de santé perçu et état de santé réel

Comme souvent concernant les dirigeants de TPE/PME, les résultats de l’étude révèlent un décalage entre la perception positive qu’ils ont de leur état de santé, et des indicateurs objectifs, tels que l’augmentation du stress ou de certains comportements à risques, qui mettent en lumière une réalité plus nuancée.

82% des dirigeants interrogés déclarent être en bonne ou très bonne santé, un chiffre en baisse de 4 points par rapport à 2016, mais qui reste très élevé, et nettement supérieur aux salariés du privé (68%) [1] . Cependant, ces mêmes dirigeants, qui disent chercher à avoir un mode de vie sain (82%) et pratiquer une activité sportive régulière (68%), sont plus nombreux à fumer (32% vs 24% en 2016) ou et 17% consomment de l’alcool tous les jours ou presque. A titre de comparaison, 23% des salariés du secteur privé sont fumeurs, et 7% déclarent consommer de l’alcool tous les jours ou presque.

La moitié des dirigeants a consulté un médecin généraliste en 2020 : un chiffre en baisse de 14 points par rapport à 2016, et inférieur de 30 points par rapport aux salariés. Environ un dirigeant sur dix s’est vu prescrire un arrêt maladie (vs 36% pour les salariés), mais un tiers d’entre eux a continué à travailler, déclarant ne pas pouvoir se permettre de s’arrêter même quand leur médecin le prescrit. 32 % des arrêts prescrits aux dirigeants étaient liés au Covid-19.

Un niveau de confiance qui reste élevé malgré le stress et la fatigue

Autre paradoxe : le niveau de confiance des dirigeants reste élevé en dépit de la crise, que ce soit pour leur vie personnelle (88%) ou l’activité de leur entreprise (74%), alors même que seul un tiers d’entre eux se dit confiant pour l’avenir du pays, et que plus de la moitié a vu l’activité de son entreprise ralentir, voire s’arrêter (pour 10%).

Si 79% des dirigeants se déclarent en bonne santé physique, et 77% en bonne santé mentale, ils disent aussi être plus stressés (48%) et plus fatigués (37%). Une situation qui trouve notamment son explication dans le changement de rythme (pour 40% des dirigeants) et le manque de visibilité économique (44%) depuis le début de la crise sanitaire. 

Malgré la baisse d’activité observée, plus de la moitié des dirigeants déclare avoir l’impression de ne jamais pouvoir décrocher de son travail, et un tiers déclare avoir des difficultés à concilier vie professionnelle et engagements personnels ou familiaux.

La période Covid a également eu un impact sur leur hygiène de vie : augmentation de certaines habitudes addictives (pour 20% d’entre eux), insomnies (28%) ou prise de poids (32%). Face à ces risques, les dirigeants déclarent vouloir agir en priorité sur l’activité physique (49%), l’équilibre alimentaire (39%) et la gestion du stress (38%). Leur intérêt pour une offre de services reste toutefois modéré, à l’exception du check up santé (pour 45% d’entre eux), ou d’une aide à la prise en charge de proches en situation de fragilités, ou pour eux-mêmes lorsqu’ils sont en situation d’aidants (34%).

La crise a fait changer le regard des dirigeants sur les enjeux de performance sociale de l’entreprise

Il y a cinq ans, 62 % des dirigeants étaient convaincus que la santé de leurs salariés et la performance de leur entreprise étaient étroitement liées. Ils sont aujourd’hui 78% à partager cette opinion. Cette conviction se traduit également par le fait que les dirigeants érigent la santé et la qualité de vie au travail en première position des enjeux de performance sociale (49%) devant le recrutement et la fidélisation des talents (43%).

95% d’entre eux disent d’ailleurs avoir déjà mis en place des actions visant à faire progresser ces enjeux dans leur entreprise. Même si cette démarche concerne en réalité essentiellement des actions relevant d’obligations légales : couverture sociale (88%), prévention des risques professionnels (80%) … Et, chose surprenante dans le contexte que nous traversons, l’accompagnement des salariés en souffrance psychologique arrive en fin de liste des actions envisagées par les dirigeants (27%), alors même que près de 8 dirigeants sur 10 (77%) estiment que la prévention des risques psychosociaux relève de la responsabilité de l’entreprise.

L’impact de la crise sur l’activité de l’entreprise et la santé des dirigeants varie d’un secteur à l’autre

Industrie, un risque santé amplifié par la crise

Les dirigeants du secteur de l’industrie se jugent en moins bon état de santé que la moyenne (67% vs 82%). Ils sont moins nombreux à déclarer avoir un mode de vie sain (66% vs 82%) : ils font moins de sport (49% vs 68%), fument plus (45% vs 32%) et consomment davantage d’alcool (41% vs 17%). Ils consultent moins leur médecin (42% vs 54%), sont peu nombreux à se voir prescrire un arrêt maladie (4% vs 9%) et encore moins nombreux à le respecter : 51% ont continué à travailler alors qu’ils auraient dû s’arrêter (vs 33% pour l’ensemble des dirigeants).

Le secteur de l’industrie a été durement touché par la crise et les différents épisodes de confinement : 54% des dirigeants du secteur déclarent que l’activité de leur entreprise s’est ralentie (vs 43% pour l’ensemble). Ce ralentissement a eu un impact sur leur niveau de stress, en hausse pour 59% d’entre eux (vs 48% pour l’ensemble des dirigeants), leur état de fatigue (47% vs 37%), et leurs pratiques addictives (35% vs 20%). Ils se sentent également davantage isolés professionnellement (43% vs 38% pour l’ensemble des dirigeants). Paradoxalement, ils sont nettement plus confiants dans l’avenir pour l’activité de leur entreprise (82% vs 74%) et leur situation professionnelle (86% vs 77%). 

BTP/Construction, un équilibre vie professionnelle / vie personnelle fragilisé

Les dirigeants du BTP se déclarent globalement en bonne santé (85% vs 82% en moyenne), et même en très bonne santé pour un tiers d’entre eux. Ils jugent leur état de santé mentale meilleur que la moyenne (82% vs 77%). Ils sont cependant plus nombreux à s’être vu prescrire un arrêt maladie (14% vs 9% en moyenne).

Contrairement à d’autres secteurs, l’activité du BTP est restée stable ou s’est accélérée pour deux tiers des dirigeants interrogés (vs 47% en moyenne). Les dirigeants du BTP semblent également être moins affectés en termes de santé : ils sont moins nombreux à déclarer une recrudescence de douleurs physiques (17% vs 21%), une fatigue accrue (32% vs 37%), ou des insomnies (24% vs 28%).

Leur plus grande difficulté semble résider dans l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle : 46% ont des difficultés à concilier leur travail avec leurs autres engagements personnels ou familiaux, un chiffre en hausse de 15 points par rapport à 2019 et de 12 points par rapport à la moyenne en 2020. Ils sont également très nombreux (69%) à avoir l’impression de ne jamais pouvoir décrocher de leur travail (vs 52% pour l’ensemble des dirigeants). Le sentiment d’isolement est également plus fort chez eux, tant sur le plan personnel (23% vs 16%) que professionnel (43% vs 38%).

Commerce, une santé préservée malgré le fort impact de la crise sur l’activité

C’est dans le secteur du commerce que la part de dirigeants s’estimant en bonne santé est la plus élevée (86%) : 80% estiment être en bonne santé physique et 83% en bonne santé morale. Ils ne sont pas plus nombreux que la moyenne (9%) à s’être vu prescrire un arrêt maladie, et près de la moitié de ces arrêts était due au Covid-19 (vs 32% au global).

Ils sont également plus nombreux à avoir un mode de vie sain : une activité sportive régulière (71% vs 68%), et des pratiques addictives en-deçà de la moyenne (12% consomment de l’alcool quotidiennement et 22% fument tous les jours ou presque).

Confinements, couvre-feu, explosion des ventes en ligne, le secteur du commerce a été fortement touché par la crise. L’activité s’est ralentie pour près de la moitié des dirigeants du secteur et s’est même arrêtée pour 16% d’entre eux (vs 10% au global). Cette baisse d’activité est génératrice de stress : 42% des dirigeants estiment que leurs journées sont stressantes (vs 20% en 2019). Son impact se mesure également au niveau de confiance des dirigeants du secteur en-deçà de la moyenne : 69% se disent confiants dans l’avenir de leur entreprise (vs 74%), et 70% (vs 77%) dans leur propre situation professionnelle. Ils sont cependant plus nombreux à se dire bien entourés sur le plan professionnel : 70% (vs 62%).

Services, un recours massif au télétravail

Les dirigeants du secteur des services se disent en bon état de santé, et notamment un bon état de santé physique : 34% se disent même en très bonne santé physique (vs 29% en moyenne). Ils pratiquent une activité sportive régulière (72% vs 68% en moyenne) et souffrent moins que les autres de troubles du sommeil (55% vs 59%). Leur forme physique est sans doute également liée à une activité professionnelle moins fatigante : 62% considèrent que leur travail n’est pas physiquement fatiguant, contre 50% en moyenne et seulement 23% dans le BTP ou l’industrie.

Ce secteur, comme les autres, a durement été touché par la crise avec toutefois des marges de manœuvre facilitées par le recours massif du télétravail. Ainsi 10% des dirigeants ont vu leur activité s’arrêter totalement, contre 16% dans le commerce.

Ces difficultés ont eu un impact sur le moral des dirigeants du secteur. Près de la moitié d’entre eux estiment être plus stressés et 30% se sentent isolés. Leur équilibre vie professionnelle / vie personnelle est également menacé : un tiers reconnait avoir des difficultés à concilier travail avec engagements personnels, un indicateur en hausse de 6 points par rapport à 2019.

Des fragilités que l’on retrouve dans leur consommation médicale : ils sont plus nombreux que les autres à consulter des psychologues ou des psychiatres : 7% des dirigeants du secteur contre 1% dans l’industrie par exemple.


Source de l’étude : Etude de perception CSA pour Malakoff Humanis, menée auprès de 800 dirigeants d’entreprise de moins de 250 salariés du secteur privé (hors agriculture) – Recueil par téléphone, du 22 février at 10 mars 2021

[1] Etude de perception Ifop pour Malakoff Humanis, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 3505 salariés d’entreprises du secteur privé – Recueil par internet, du 9 novembre au 4 décembre 2020